La vampira veneziana, quel cranio del ‘500 con un mattone infilato in bocca

mercoledì, maggio 23rd, 2012

Le Monde e la “vampire” di Venezia. Storia di un cranio di donna che  presenta un mattone infilato nella bocca. Un rituale antivampiri? La scoperta che risale al 200, nel Lazzaretto Nuovo di Venezia, è oggetto ora di   discussione tra gli studiosi. L’articolo di Le Monde del 23.5.12:

Dispute scientifique autour du « vampire de Venise »

Barnabas Collins, le héros du dernier film de Tim Burton – Dark Shadows –, n’est pas le seul vampire que l’on ait tenté de garder prisonnier de son tombeau et pas non plus le seul dont le corps a fini par être exhumé. En 2006-2007, dans le monde réel, une équipe d’archéologues italiens a fait une étrange découverte en fouillant un cimetière sur l’île de Lazzaretto Nuovo, dans la lagune de Venise. L’endroit était connu pour avoir servi de lieu de quarantaine (et de dernière demeure) à des personnes malades lors des vagues de peste du XVIe et du XVIIe siècles. Pendant l’épidémie de 1575-76, Venise vit des dizaines de milliers d’habitants succomber et les archéologues s’attendaient à découvrir de nombreux squelettes. Mais pas forcément le squelette particulier dont le crâne est en photo ci-dessus : un mort dans la bouche duquel était plantée une brique.

Toute la partie du corps située en-dessous de la poitrine avait disparu suite au creusement ultérieur d’une autre tombe, mais ce qui avait été mis au jour a suffi pour déterminer qu’il s’agissait des restes d’une femme âgée d’une soixantaine d’années au moment de son décès. Selon les deux chercheurs italiens qui, dans une étude publiée en 2010 par le Journal of Forensic Sciences ont analysé la tombe et le squelette, la présence de la brique entre les mâchoires est le résultat d’un acte intentionnel. D’où la question : pour quelle raison quelqu’un a-t-il pu faire cela à un cadavre ? Quelle valeur symbolique ce geste pouvait-il bien avoir il y a plusieurs siècles ?

Les auteurs de l’étude ont donc dû se replacer dans le contexte de la fin du XVIe siècle et se sont orientés vers l’hypothèse de la femme-vampire. Pourquoi ? Les spécialistes de médecine légale pensent que les croyances populaires existant autour du mythe du vampire et du mort-vivant – ces défunts qui se lèvent de leurs tombes pour aller se repaître du sang ou de la chair des vivants – résultent d’une mauvaise interprétation des signes physiques qu’exhibent les corps en décomposition. Or, dans le cas d’une épidémie de peste survenant dans une ville densément peuplée comme Venise, le nombre important de morts obligeait les autorités sanitaires de l’époque à rouvrir des fosses communes ou recreuser dans les cimetières pour enterrer rapidement les cadavres. Ce faisant, il devait arriver aux fossoyeurs de tomber sur des corps déjà enfouis et de voir des phénomènes impressionnants qu’ils ne pouvaient qu’attribuer à des êtres maléfiques et surnaturels. On cite souvent les poils du visage et les ongles qui semblent avoir continué à pousser, comme si le mort était toujours vivant. De même, les corps émettent des bruits, voire bougent. Le défunt peut aussi avoir le ventre gonflé, distendu tel celui d’un goinfre après un festin. Enfin, du sang sort de la bouche des morts et le linceul dans lequel ils ont été enveloppés est troué à ce niveau, comme si le cadavre, en mastiquant on ne sait quoi, avait aussi mangé le linge le recouvrant.

Tous ces signes s’expliquent aujourd’hui. On sait que les phanères cessent de croître à la mort mais que la peau, en se rétractant, notamment autour des follicules pileux, donne l’impression qu’ongles, poils et cheveux ont continué de pousser. Les ventres gonflés sont le résultat de la putréfaction des organes dans la cavité abdominale et de la fermentation, qui expliquent aussi les bruits et les mouvements que l’on peut occasionnellement percevoir. Enfin, les taches au niveau de la bouche sont dus à l’écoulement de fluides par cet orifice, fluides dont la décomposition peut par la suite entraîner la dégradation du linceul et la formation d’un trou… On ignorait évidemment tout cela au XVIe siècle et les auteurs de l’étude ont donc supposé qu’en voyant le cadavre exhumé de cette femme montrer certains des signes décrits ci-dessus, et notamment le linceul mangé, les fossoyeurs ont cru à un vampire et ont appliqué une espèce d’exorcisme post-mortem en insérant une brique dans sa bouche. Il était en effet fréquent à l’époque soit d’empêcher la bouche des “morts-mâcheurs” de s’ouvrir (en plaçant un objet sous leur menton ou en nouant un foulard autour de leur tête), soit de l’empêcher de mâcher en y mettant une grosse pierre.

Mais expliquer ainsi la présence de cette brique dans la bouche de ce squelette n’a pas convaincu tout le monde. Dans un commentaire qui vient d’être publié dans le numéro de mai du Journal of Forensic Sciences, une autre équipe italienne, pointant des lacunes dans l’article original – notamment une description insuffisante du squelette et l’absence de toute trace de linceul –, a affirmé que l’étude de 2010 n’avait pas fait la preuve que la présence de la brique entre les mâchoires était intentionnelle. Etant donné que, sur les photos du chantier de fouilles, on aperçoit nombre de pierres, de briques et de tuiles qui faisaient partie du matériel dégagé, il se peut, expliquent-ils, que la brique en question soit tombée accidentellement dans la bouche grande ouverte du squelette lors d’un des remaniements du terrain qui ont suivi son inhumation. Remaniements dont on a la certitude puisque plus de la moitié du squelette a été emportée lorsqu’une autre tombe a été creusée perpendiculairement. Enfin, ils soulignent que le rituel anti-vampire ne se retrouve pas dans d’autres tombes.

Dans la réponse qu’ils ont faite à ce commentaire, les auteurs commencent à dire, en préambule, que si on leur cherche noise, c’est parce que leur étude de cas a rencontré un écho exceptionnel dans les médias, au point que cette histoire a donné lieu au tournage d’un documentaire par le National Geographic. Les rapports ambivalents qu’entretiennent certains chercheurs avec la presse (mépris ou méfiance d’un côté, jalousie des collègues médiatisés de l’autre) sont en effet des éléments non négligeables dans les disputes scientifiques. J’ai ainsi souvent constaté, au cours de ma carrière, que les chercheurs étaient particulièrement critiques envers ceux de leurs collègues qui “s’étalaient” dans les journaux… Ceci mis à part, les auteurs de l’article de 2010 affirment que l’étude du crâne et de la dentition exclut une insertion accidentelle de la brique. Ils expliquent aussi que des aiguilles servant à fixer les linceuls ont été retrouvées dans d’autres tombes de la fouille. Enfin, ils soulignent que, dans ce cas exceptionnel, il n’a jamais été question pour eux de passer du stade de l’hypothèse à celui de la certitude.

Pierre Barthélémy (@PasseurSciences sur Twitter)

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